2009/07/02

Estienne et l’épidémie de variole de 1702


La Nouvelle France est bien loin de connaître la surpopulation, et son climat ne favorise pas l’éclosion des épidémies en raison du cycle saisonnier où alternent grandes chaleurs et froid intense, nous rappelle Marcel Cadotte dans l'Encyclopédie canadienne. Malgré tout, deux facteurs font en sorte que la colonie a connu des épidémies de variole, de typhus et de choléra : les autochtones et les immigrants nouvellement arrivés.

Tout d'abord, par le passé les Amérindiens n’avaient jamais établi de contact avec des personnes affectées par ce genre de maladies. Or, nous savons que, pour se défendre, le système immunitaire a besoin de contact avec les infections - c’est le principe même des vaccins. Les Amérindiens plus fragiles ont contribué à leur corps défendant pourrait-on dire à répandre la maladie et ils en ont été les premières victimes.

La variole « est notamment la plus virulente des maladies qui décimèrent les populations amérindiennes lors de la conquête du Nouveau Monde, dès […] 1518 ».

Ensuite, les navires qui transportaient vers la Nouvelle France les immigrants entassés les uns sur les autres dans une promiscuité malsaine à tous points de vue favorisaient l’éclosion des épidémies. Celle qui se déclenche en novembre 1702 justement coûtera 3000 vies à la colonie, y compris bon nombre d’immigrants, de colons et d’Amérindiens.

Après une incubation d’un peu moins de deux semaines, « l'éruption est caractérisée par l'apparition de taches rouges sur la peau, devenant des vésicules, puis des pustules avant de former une croûte. […]

«La variole était un fléau redoutable et redouté. Elle tuait un malade sur cinq (chez les adultes, près d’un malade sur trois). Quand elle ne tuait pas, elle laissait souvent un visage grêlé, défiguré à vie. Elle est toujours restée hors de portée d’un traitement efficace.»

Bien qu’on ne connaisse pas avec une certitude absolue le moment de l’arrivée d’Estienne en Nouvelle France, on peut supposer qu’il est arrivé avec l’épidémie de variole de novembre 1702, parce que, rappelle encore Marcel Cadotte, «l'éclosion d'une épidémie coïncidait presque toujours avec l'arrivée d'un bateau rempli de passagers malades.»

Dans les pages qui précèdent l’épidémie dans le registre des malades de l’Hôtel-Dieu, le lieu de résidence des malades est indiqué : «Estienne Amiot, âgé de 28 ans, de Québec» peut-on lire par exemple le 30 octobre 1702. Lorsqu’un malade vient d’arriver dans la colonie et n’a pas encore de résidence, son lieu de départ/d’origine est indiqué : «Enry Mignon dit Rochefor âgé de 19 ans, de Picardie» trouve-t-on par exemple au 31 octobre.

C’est à l’Hôtel-Dieu de Québec, vous disais-je, que l’on fait la connaissance d’Estienne. Bien que le registre des malades ne fournisse pas de motif à l’hospitalisation, on peut supposer que la variole est responsable en raison de la malignité de l’épidémie.

Tout au long de l’année suivante, notre ancêtre passera un temps considérable à l’hôpital : 79 jours, répartis sur 8 séjours, dont 2 d’une seule journée, ce qui est considérable quand on sait que le rapport que les habitants entretenaient avec l'hôpital ne ressemblait pas du tout au nôtre : on s'y rendait quand il ne restait plus rien d'autre.

Il est encore une autre particularité sur laquelle nous reviendrons dans un autre billet : Estienne utilise le nom de sa mère, Sando (Sandoz, du nom de la pharmaceutique), et ceci est très important pour nous tous, ses descendants.

Sources textuelles :
Marcel Cadotte in http://www.thecanadianencyclopedia.com/index.cfm?PgNm=TCE&Params=F1SEC849720
Michel Barbeau, citant Jean Provencher, in La Lignée, bulletin du Club de généalogie de l'Hydro-Québec, vol. 2, no 1 (hiver 95), reproduit sur le site : http://genealogistes-associes.ca/histoire/epidemies.php
Pierre Darmon, La variole, les nobles et les princes, Paris, Éditions Complexe, 1989, pp. 23-40.
Pour les citations : Wapedia à http://wapedia.mobi/fr/Variole?t=4.
Ancestry.ca, Registre des malades de l’Hôtel-Dieu du Précieux-Sang de Québec, 1698-1709, (51-60/143), non folioté, non numéroté autrement que par date.

Source iconographique :

L’Hôtel-Dieu de Québec :
 http://pages.videotron.com/mandrack/partirnf.htm

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Nouvelle France is far from overpopulated and the typical climate does not usually contribute to the hatching of epidemics because of the seasonal succession of great heat and deep cold, reminds us Marcel Cadotte in The Canadian Encyclopedia. Yet two reasons explain why the colony had smallpox, typhus fever and cholera epidemics: Amerindians and new immigrants.

First, Amerindians had never had any contact with people affected by those diseases. We know now that the immune system needs contacts to grow its defense system against infections - that's precisely the way the vaccines work. Because of this frailty Amerindians contributed to the epidemics and were the first victims.

"As early as 1518, smallpox became the most virulent of the diseases that killed Amerindian populations when the New World was conquered" (free translation; reference with the French text).

Second, the ships that brought the immigrants were so crammed, the people were forced to live on top of one another thus contributing to the epidemics. The one that hatched in November of 1702 would cause 3000 deaths among the immigrants, the Amerindians and the civil population of the colony.

After "incubating for a bit less than two weeks, the disease was characterized by red spots on the skin. Those red spots became blisters which became pustules before turning into scabs. […]

"Smallpox was to be utterly feared. It killed one person out of five (among adults, nearly one out of three). When it did not kill it often left the person with a pockmarked face, or at worst, one completely spoiled. There was never a treatment good enough to fight it."

Even if we do not know for sure the moment Estienne arrived in Nouvelle France, we can almost be certain he came with the smallpox epidemic of November of 1702, because, continues Marcel Cadotte, "the outbreak of an epidemic almost always coincided with the arrival of a vessel full of sick passengers".

Just before the outbreak of the epidemic, we can see in the registre des malades de l'Hôtel-Dieu, that a person's place of residence is noted: Estienne Amiot, 28 yo, from Quebec, for example on October 30th 1702. When a sick person does not yet have a residence his place of birth/area of embarkation is indicated: Enry Mignon dit Rochefor, 19 yo, from Picardie (Oct. 31st 1702).

Thus we meet Estienne at the Quebec Hôtel-Dieu. Even if the registre des malades does not give a motive for the stay at the hospital, we can surely suppose smallpox is the reason, because of the malignancy of the disease.

During the following year, our ancestor will spent a long time in the hospital: 79 days, distributed among 8 sojourns, 2 of which were for only one day. It is a lot of time when we figure the relation the inhabitants had with the hospital does not resemble the one we have: one would go there only when nothing else was possible.

There is another peculiar thing we will talk later, but we can now mention: Estienne uses the name of his mother, Sando (from the Sandoz pharmaceutical family), and this fact is very important to all of us, his descendants.

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