2009/09/19

Lire écrire signer... ou dessiner


Nos ancêtres étaient nombreux à savoir signer. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais chaque fois que je vois la signature d'un ancêtre, l'émotion me gagne, un peu comme une porte s'ouvrait tout à coup sur un petit coin de sa vie.

Quand on regarde ces signatures fluides, hésitantes, appliquées ou enfantines, on imagine bien sûr que nos ancêtres savaient aussi lire et écrire, ce qui n'est pas toujours le cas. En fait, la plupart du temps, ils ne savaient que «dessiner» leur nom.

Depuis des jours, je cherchais comment exprimer clairement cette idée. Et voilà qu'en lisant les notes de traduction (du testament de Geneviève Mayeux, veuve de Jean François DeCuir) de Julie Eshelman Lee, la manière de le faire m'est apparue... grâce à l'image du dessin qu'elle utilise pour expliquer la distinction entre certaines signatures et écriture.

Même si elle signe son nom dans l'acte de son mariage en novembre 1743, souligne dans ses notes Julie Eshelman Lee, Geneviève Mayeux se déclare incapable d'écrire en 1779. Après discussion avec d'autres collègues historiens, l'historienne conclut que nos ancêtres apprenaient fort probablement à «dessiner» des formes comme si les lettres assemblées de telle ou telle manière était la représentation du nom. Leur signature n'indiquerait pas leur compréhension du langage écrit. Exactement comme avec la méthode de lecture globale les enfants d’il y a une vingtaine d’années apprenaient la forme des mots, pas les lettres.

D'ailleurs, à la fin des actes, des documents ou des contrats, les rédacteurs du temps d'Estienne disaient bien que les personnes présentes avaient su signer ou pas : pour eux, manifestement, l'écriture ne procédait pas du même acte que la signature.

Contrairement à notre ancêtre Estienne Boutron, Geneviève Mayeux n'a probablement pas eu l'occasion de «signer» souvent, et aurait ainsi, avec le temps, perdu la capacité de le faire ou de visualiser son nom écrit, comme le croit Julie Eshelman Lee.

Pour revenir à Estienne, nous avons l'assurance qu'il «dessinait» Bontron, mais qu'il prononçait Boutron, autrement, les documents qui le concernent ne le nommeraient pas aussi fréquemment Boutron.

Nous aurons, bien sûr, l'occasion de revenir sur ce sujet.

Our ancestors were quite a few to know how to sign their names. I do not know if you feel the same, but whenever I see one of these signatures, I am moved as if suddenly a door was opening onto a a tiny secret part of their lives.

When we see these flowing, wavering, careful or childish signatures, we think our ancestors knew how to read and write, which is not always the case. In fact, most of the time, they just knew how to «draw» their name.

For days, now, I've been trying to express this idea in a clear and easy way. Then I stumbled upon Julie Eshelman Lee notes for the translation she did of the will of Geneviève Mayeux, widow of Jean François DeCuir, and everything became clear... because of the image she uses to explain the difference between some signatures and writing.

Even though Geneviève Mayeux signs her name at the bottom of her marriage record in 1743, writes Julie Eshelman Lee, she is unable to write in 1779. After discussing this fact with other scholars, she concluded that most likely our ancestors learned to «draw» shapes as if the grouped letters in a certain way was the «portrait» of their name. Thus their signature would not indicate their education or their understanding of the written language. Just like with the global method, kids, maybe 20 years ago learned how to read shapes of words without even learning letters. (It has been abandoned since.)

At the end of vital records, documents, or contracts, the writers from Estienne’s period wrote that the persons knew or not how to sign their names. For them, signing and writing were two entirely different acts.

Most probably Geneviève Mayeux had not had that many occasions to practice the drawing of her name, with time she most prabably lost the ability to do so, or to visualize her name, like Julie Eshelman Lee writes.

If we go back to Estienne now, we know for sure he «drew» Bontron, but he pronounced Boutron since the documents that concern him calls him Boutron...

But we will come back to this some time soon.


Source iconographique :
Signature d’Estienne provenant de l’acte de baptême de sa fille Angélique: Sainte-Anne de Detroit, Wayne Co., Michigan, USA, 1704-1780, 1707.

Source écrite :
http://www.angelfire.com/la/DeCuir/MayeuxGenevieveWill.txt

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