2010/01/01

Boutron dit Brusquet • Boutron dit Major

Un autre Boutron a précédé notre Étienne dans la colonie. Il s’appelle François, François Boutron dit Brusquet.


Chez René Jetté, on fait sa connaissance juste avant celle d’Étienne. Mais il y a peu à dire sur lui. On sait tout juste qu'il est né quelque part entre 1626 et 1630 en raison de l’âge qu’il prétend avoir aux deux recensements (1666 et 1681). Comme il ne s’est pas marié officiellement, comme il n’a pas laissé de descendance non plus, comme il n’a pas fait office de parrain ni de témoin, on ne sait pas grand chose de lui. C’est probablement parce qu’il n’a pas fait souche ici que Cyprien Tanguay n’en parle pas, ni Denis Beauregard. Le PRDH pour sa part ne fait qu'une seule mention de sa présence. En fait les seules traces de sa présence en Nouvelle-France tiennent à deux inscriptions au recensement de 1666 et à celui de 1681.

J’ai lu récemment, sur une source qui n'était pas une source première, mais qui était tout de même une source, qu’il avait été soldat du régiment de Carignan, dans la compagnie de La Fredière. J’en doute beaucoup. Tout d’abord, son nom ne figure nulle part dans une liste officielle des 1200 soldats qui s’embarquent pour le Canada - ni sur l’Aigle d’Or, ni dans la compagnie La Fredière. Il n’apparaît pas non plus sur la liste des soldats qui décident de rester en 1668.

Sur la liste des soldats de la compagnie de La Fredière se trouve bien un soldat surnommé «Le Major», qui s’embarque pour débarquer en Nouvelle-France, et qui décide de rester en 1668, mais nous ne connaissons que ce surnom et rien d’autre : pas le moindre patronyme. Ce n’est pas parce qu’un soldat est surnommé «Le Major» qu’il s’agit forcément d’un Boutron.


Il nous faut revenir à François Boutron dit Brusquet et aux manifestations de sa présence en Nouvelle-France. Son nom n’apparaît pas dans la liste impressionnante du Catalogue des immigrants 1632-1662 de Marcel Trudel; on peut supposer qu’il est arrivé dans la colonie entre 1662 et la fin de l’année 1665. On ne le trouve pas non plus sur la liste des gens de mer et passagers du site extraordinaire de Charles-Vianney Campeau, Navires venus en Nouvelle-France.

Entre février et mars 1666, moment où Jean Talon va quasiment de porte en porte pour procéder au recensement, François Boutron dit Brusquet se trouve à Sillery, et travaille comme domestique engagé pour le compte d’Étienne Demers. Pendant ce temps, soulignons-le parce que le fait est important, les soldats du régiment de La Fredière, eux, achèvent de construire le fort Sainte-Thérèse, après quoi, ils seront déployés à Montréal jusqu’à leur départ. Très loin de Sillery, donc.


Comme, sur la liste de 1668 des soldats du régiment qui décident de s'établir ici le soldat surnommé «Le Major» est toujours soldat et fait toujours partie de la compagnie de La Fredière, il est inconcevable qu’il s’agisse de François Boutron dit Brusquet. Affirmer cela, c’est faire l’économie d’une démarche rigoureuse pour emprunter un raccourci qui ne peut mener qu’à la déception.


Enfin en 1681, au moment du recensement, François Boutron est toujours domestique, mais il se trouve à l’emploi de Pierre de Saurel.


Dernière question avant de fermer ce chapitre François Boutron Brusquet et Etienne Boutron Major : existe-t-il un lien entre les deux? Impossible de l’affirmer.

D’ici quelques semaines, j’aborderai la question du patronyme Boutron sous un angle tout à fait inédit et nous pourrons mieux voir à ce moment-là comment François Boutron peut-être apparenté à Etienne Boutron Major – ce qui est vraisemblable dans mon esprit, mais qui n’a strictement rien à voir avec le régiment de Carignan ou avec le nom-dit Major.


Sources textuelles et iconographiques :
René Jetté, Dictionnaire généalogique des familles du Québec, Montréal, Presses de l’université de Montréal, 1983, 1176 pages, p. 160.
Cyprien Tanguay, Dictionnaire généalogique des familles canadiennes depuis la fondation de la colonie jusqu’à nos jours, Montréal, Eusèbe Sénécal et fils, imprimeurs-éditeurs, 1886, volume 2, p. 439.
Francogène : http://www.francogene.com/genealogie--quebec/999/100.php
PRDH : sur la fiche du recensement # 96028
Benjamin Sulte, «État général des habitants du Canada en 1666», Histoire des Canadiens-Français 1608-1880, Tome IV, Montréal, Wilson & cie, éditeurs, 1882, 187 pages, p.59.
Benjamin Sulte, «Chapitre III – 1664-1665 La Compagnie des Indes • Le régiment de Carignan», Histoire des Canadiens-Français», Tome IV, Montréal, Wilson & cie, 1882, 173 pages, p.46.

Marcel Trudel, Catalogue des immigrants 1632-1662, Montréal, Hurtubise HMH, Cahiers du Québec, coll. Histoire, 1983, 570 pages.
Marcel Trudel, La population du Canada en 1666, recensement reconstitué, Québec, Les éditions du Septentrion, 1995, 384 pages, p.99.
Archives Canada/France, Recensement 1681 7/334 http-//bd.archivescanadafrance.org/
Charles Vianney Campeau, Navires venus en Nouvelle-France; gens de mer et passagers des origines à 1699, http://naviresnouvellefrance.com/
Archives nationales d’outre-mer, Col D2C 47 : DAOM03, 45-49R/47R
Normand-Guy Goudreau, Cédérom : Nos ancêtres militaires sous les régimes français et anglais, Nouvelle-France, Bas et Haut-Canada, 1665-1865.
Albert Dauzat, Dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms de France, Paris, Larousse, 1980, 626 pages.


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Another Boutron preceded our Étienne in the colony. His hame is François, François Boutron dit Brusquet.

In René Jetté's dictionary, we met him just before Étienne. But there is little to say about him. We just know he was born somewhere between 1626 and 1630 because of the age he claims to have in the two censuses (1666 and 1681).

As he did not officially married, as he left no offspring either, as he has not acted as godfather or witness, we do not know much about him. Probably because he has not founded a family here, Cyprien Tanguay does not mention him, nor does Denis Beauregard. PRDH only mention him in the 1666 census. In fact the only traces of his presence in Nouvelle-France are two entries in the 1666 census and that of 1681.


In a source which was not a primary source but still was a source I read recently that he had been a soldier of the régiment de Carignan, in the company of La Fredière. I doubt it very much. Firstly, his name appears nowhere in the official list of the 1,200 soldiers who set sail for Canada, either in the Aigle d'Or, nor in the La Fredière's company. It does not appear on the list of soldiers who choose to remain in 1668. On the list of soldiers of La Fredière's company one can indeed find a soldier nicknamed "Le Major", who sailed to land in Nouvelle-France and who decides to stay in 1668, but we can see with our own eyes that this nom-dit stands alone : no name accompanies it. Just because a soldier is nicknamed «Le Major» does not suffice to make a Boutron out of him!

This said, we must return to consider François Boutron dit Brusquet and the manifestations of his presence in Nouvelle-France. As the name cannot be found in Marcel Trudel's impressive Catalogue des immigrants 1632-1662, we can assume that he arrived in the colony somewhere between 1662 and the end of 1665. We cannot find it either on the list of seafarers and passengers on Charles-Vianney Campeau's extraordinary website, Navires venus en Nouvelle-France.

Between February and March 1666, when Jean Talon went almost door to door to conduct the census, François Boutron dit Brusquet lives in Sillery; he is a servant for Etienne Demers. Meanwhile, I underline it because the fact is most important, the soldiers of La Fredière's company are finishing Fort St. Therese, after which they will be deployed in Montreal until their departure in 1668. Very far from Sillery, then.

Since on the list of 1668 for soldiers of the regiment who decide to settle here one can still find the soldier nicknamed «Le Major», still always a part of La Fredière's company, it is incenceivable that François Boutron dit Brusquet and «Le Major» be one person. To affirm this is to do the economy of a rigorous approach to take a shortcut that can only lead to desappointment.

Finally, in the 1681 census, François Boutron is still a domestic, but he works for Pierre de Saurel.

One last question before closing this chapter: is there a link between François Boutron Brusquet and Étienne Boutron Major?

Impossible to say with certainty.
Within a few weeks, I will address the issue of the surname Boutron and light an entirely new light on the subject, and we can see better at that point how François Boutron may be related to Étienne –which is likely in my mind, but which has strictly nothing to do with Carignan, La Fredière, or with the nom-dit Major.

3 commentaires:

  1. Est-ce ce site:
    http://www.migrations.fr/compagniescarignan/compagnielafrediere.htm
    le site qui n'est pas une source première?

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  2. Une source première c'est une source qui ne contient ni retouche ni transcription, qui n'a pas été altérée. Parmi les sources premières il y a les actes des registres : baptêmes, mariages, sépultures, confirmations; les baux, les contrats de fermage, les contrats de vente, les donations, les contrats de mariage, etc. Dans mon article, les deux photos du bas sont des sources premières : d'abord le document officiel des colons qui sont restés en 1668, la deuxième est la page du recensement de 1681. Pour le premier exemple de mon article, je n'ai pas eu accès au rôle et j'ai dû me contenter de la source secondaire que je nomme et qui est d'ordinaire d'une grande fiabilité. Le deuxième exemple est aussi une source secondaire : il est la transcription du recensement de 1666 par Benjamin Sulte - que l'on considère comme une autorité. La transcription de ce recensement par Marcel Trudel - une autre autorité - donne exactement le même résultat. J'ai accès à l'original (donc à la source première), mais comme j'ai un Mac, je n'arrive pas à télécharger les images. Il arrive que certains documents ne soient visibles que pour les PC... :-((
    Je ne dis pas que les sources premières ne contiennent pas d'erreurs, je soutiens qu'il faut toujours essayer d'arriver à la source première parce que tout le reste part de là.

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  3. Comme toujours, vous nous donner quelque chose à penser. J'apprécie votre article - il est très bien écrit et documenté. J'attends avec impatience votre prochain. Bonne journee, Ruth.

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