2010/02/14

Angélique Proteau et/and Simon Loüis Perthuis (fin/end)


Nous voici de retour aux actes du curé Simon Loüis Perthuis qui entourent immédiatement la sépulture d'Angélique Proteau. Dans un premier article, nous avons considéré les erreurs importantes du curé, ses problèmes systématiques d'interversion de certaines lettres et son habitude de laisser en blanc l'espace pour revenir plus tard aux noms qu'il a oubliés.

Les feuillets des actes dont il sera question ci-dessous proviennent de Family Search, Sault-au-Récollet, 1736-1778, 1767, F91V92R.

Sur ces feuillets, le curé Perthuis est d'abord absent; c'est l'ancien curé, Jean François Pélissier de Félignonde qui le remplace.

Quand on examine attentivement les pages, on s'aperçoit que le vieux curé est sans doute malade : les pâtés sont nombreux, les ratures aussi; les erreurs, on n'en parle même plus. Près de vingt ans plus tard - l'acuité du problème datait de la Conquête - messire Etienne Montgolfier, vicaire général de l'évêque de Québec, écrira, à propos d'une situation où il faudrait de toute urgence remplacer un curé malade :
«Pour ce dernier article, je suis bien assuré qu'on peut se rapporter au zèle et à la charité des confrères voisins et de ma part je les autorise tous, surtout vous […] mais comme tout ceci est un ouvrage fatigant et embarrassant pour des voisins qui ont leurs propres fonctiones, la chose ne peut pas durer longtemps dans cette situation, cependant vous savez tous qu'il ne m'est pas possible pour le moment d'y suppléer par aucune autre voie, je n'ai point de prêtre à ma disposition…» 
Le 21 mars 1767, en B17, Jean François Pélissier de Féligonde termine l'acte de baptême de Joseph Paschal Jeanne, fils de Robert et de Catherine Rhéaume de l'île Jésus,  commencé par son collègue Simon Loüis Perthuis.

Au cours des quelques jours suivants, c'est encore Jean François Pélissier de Féligonde qui le remplace et signe les actes S5 et B18. Le curé Perthuis reprend la plume le 27 mars en B19 pour le baptême de Marie Barbe Leblanc, mais son écriture montre encore bien des signes de malaise : les actes sont tachés et ornés de nombreux pâtés, mais il ne fait pas d'erreurs.

En date du 7 mars, en B15, il avait bien tenté un retour pour le baptême de Joseph Marie Leblanc, fils de François Amable et de Françoise Valiquet. En examinant l'acte on constate qu'il avait laissé un grand espace en blanc pour inscrire plus tard le nom de l'enfant et pour celui de son père (trois points de suspension par-dessus lesquels il a écrit Amable). Pour mémoire, on peut rappeler que le curé Perthuis avait baptisé Marie Joseph Leblanc l'année précédente, le 12 mars, mais qu'il avait enterré Amable, fils d'Amable, âgé de trois mois, le 13 août suivant.

En B20, le 29 mars, le curé baptise Simon Vaillancourt (qu'il écrit, selon ses habituelles inversions : Valliancour), fils d'André et de Marie Bajard.

(J'ouvre ici une parenthèse pour faire remarquer, encore une fois, que le Y de Bayard s'écrit «J» et se prononce «i», ce qui vient encore une fois renforcer mon hypothèse voulant que le surnom Major soit un major latin, et signifie l'aîné pour désigner la branche aînée de la famille - l'équivalent latin de nos senior et junior modernes.)

Simon Loüis Perthuis date du 6 mars l'acte suivant, le B21, rédigé après le B20 du 29 mars. On peut donc supposer que cet acte et celui du B22 ont été rédigés en avril plutôt qu'en mars. Ce jour-là, le curé baptise Basile Vanier, qu'il appelle, en marge de l'acte, Bazile Pigeon, du nom de son parrain. (La fiche du PRDH relève le désordre chronologique, mais pas l'erreur de patronyme), fils de Jean Vanier et de Marie Joseph Jubinville.

En B22, sauf pour l'erreur de datation, pas de mélange de prénom ou de patronyme, si l'on se fie à la reconstitution des familles du PRDH. Par contre, sur la fiche (#650563) on oublie cette fois de mentionner l'erreur de mois, comme dans l'acte prédécent.

Le 23 avril, en B23, Simon Loüis Perthuis baptise Marie Joseph Racine, fille de Charles et de Marie Joseph Jubinville. Or Charles Racine est l'époux de marguerite Beaumont et comme ils seront les parents de Charles qui naîtra moins d'un mois plus tard, le 18 mai 1767, on peut croire que Marie Joseph Racine est plutôt la fille de Michel et Marie Joseph Jubinville.

Quelques jours plus tard, le 28 avril, en B24, le curé inscrit le baptême de Marie Amable Pigeon et d'Archange Matha. Apparemment, l'acte ne comporte pas d'erreur.

En S6, le lendemain 29 avril, il procède à l'inhumation de Marie Poirier, fille de Jean Baptiste et de Dorothée Durand, baptisée par lui deux mois plus tôt sous le prénom de Marie Angélique (F91R, B11).

Le 15 mai, en B25, il confère le baptême à Jean Marie, né le même jour, fils de Jean Baptiste Vanier et de Catherine, dont il a oublié le patronyme – il s,agit de Catherine Lacombe.

En B26, le 28 mai, il baptise Archange Marguerite Joannet, fille de Joseph et de Marguerite Pigeon née la veille. En apparence, l'acte ne comporte pas d'erreur.

L'acte suivant, S7, daté du 6 juin, est celui de notre Angélique, sous le nom m de Marie Major.

Les S8, S9 et S10 sont indissociables. Le curé n'a inscrit que S8, mais l'acte qui suit ce bloc porte bel et bien le numéro 11. Les trois actes, vous disais-je, sont indissociables : trois membres d'une même famille ont été tués «par le tonere» : André Chabot, 30 ans, rapporte Simon Loüis Perthuis, fils d'André et marié avec Marie Josephte Mauger Latreille. En réalité, André Chabot est le fils de Michel et de Madeleine Coron. Le vieux curé écrit aussi Marie Josephte Mauger Latreille bien qu'il s'agisse de la même Marie Joseph Latreille qui revient deux fois en quelques lignes. Baptiste Thibaut, âgé de 18 ans, fille de Pierre et Marie Joseph Latreille, et Marguerite, [bientôt] quatre ans, fille d'André Chabot et de Marie Joseph Latreille. En marge des actes, il écrit que le défunt de S9 s'appelle Batipste Chabot avant de rayer et d'écrire Thibaut.

Enfin, en S11, en date du 9 juin, le curé enterre François Coteux de Montréal, âgé de trois jours, fils de François et de Marie Joseph Leblanc de Montréal. En réalité, l'enfant, né le 3 juin, est le fils de François et Marie Joseph Bleau.

En poussant juste un peu plus loin pour tourner sur le feuillet 92V, je constate qu'en B27, le curé a baptisé Jean Marie Leblanc, fils de Jean Batipste et de Madeleine Gravelle.

En conclusion


En conclusion, le curé Perthuis
  1. éprouve indéniablement des problèmes de mémoire à court terme; des problèmes d'inversion de lettres et de mots;
  2. a l'habitude de réserver un espace pour indiquer plus tard les noms et les détails des sacrements qu'ils a dispensés;
  3. rédige les actes non pas au moment des cérémonies mais sans doute plus tard - c'est la raison pour laquelle Simon Loüis Perthuis ne fait pas signer les témoins; c'est la raison pour laquelle il a quasiment toujours le même unique témoin aux sépultures - malgré que l'évêque demande aux rédacteurs d'avoir deux témoins.
Compte tenu de tout ce qui précède, l'acte de sépulture de Marie Major n'est plus si étonnant : il témoigne, comme d'innombrables autres, des trous de mémoire du curé et de ses habitudes de travail pour le moins brouillonnes.

En conclusion de la conclusion

Dans les articles qui viennent, j'essaierai de voir si l'on dispose de pistes suffisantes concernant Angélique Proteau et Angélique Major pour déterminer laquelle des deux est enterrée à Sault-au-Récollet. Pour ce faire, j'examinerai les lieux de naissance et d'habitation de ses enfants et petits-enfants, les témoins aux actes et les informations supplémentaires que l'on peut en tirer.


Sources textuelles autres que les fiches du PRDH et Family Search :
Ruth Major Lapierre, «Sept curés et demi», Mille Saisons 1750-2000, Saint-Antoine-sur-Richelieu, Société historique et culturelle de Saint-Antoine-sur-Richelieu, 2000, p. 47.

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We're back to the records written by Simon Loüis Perthuis, immediately surrounding the burial of the person I think is Angélique Proteau. In a first article, I showed the importance of errors made by the parish priest: problems of systematic reversal of certain letters and habit of leaving blank space to return later to the names he has forgotten.
The register leaflet which will be discussed below comes from Family Search, Sault-au-Récollet parish, 1736-1778, 1767, F91V92R.
 
On these pages, Mr. Perthuis is absent; the former parish priest, Jean Francois Pelissier Félignonde, is replacing him.

Upon a careful exam of the pages, one realizes that the old priest is probably sick because of the numerous stains, erasures; not to mention the number of mistakes. Nearly twenty years after those pages were written - the acuteness of the problem of replacing sick and old priests dated from the Conquest - Sir Etienne Montgolfier, vicar general of the Bishop of Quebec, wrote, about a situation in which there is an urgent need to replace a sick priest:
"For that article, I am quite sure you can relate to the zeal and charity of fellow neighbors and I personally authorizes all, especially you [...] but as all this is a work tiring and embarrassing for neighbors who have their own functions, the thing can not last long in this situation, but you all know that I am not yet possible to compensate in any other way, I have no priest at my disposal ... "
On March 21, 1767, in B17, Jean Francois Pélissier Féligonde finishes the baptism of Joseph Jeanne Paschal, son of Robert and Catherine Rhéaume from island Jesus, started by his colleague Simon Loüis Perthuis.

Over the next few days, Jean Francois Pélissier Féligonde is still replacing him and signs acts S5 and B18. The old priest takes the pen back on March 27 in B19 for the baptism of Marie Barbe Leblanc, but his writing still shows signs of discomfort: the acts are stained and decorated with many blocks, but he makes no mistakes.

As of March 7, in B15, he attempts a return to the baptism of Joseph Marie Leblanc, son of François and Francoise Amable Valiquet. In considering the act one can see he left a large blank space to record the name of the child and his father (three dots above which he wrote Amable). For the record, it may be recalled that the priest had baptized Marie Joseph Leblanc, a girl in that family, the previous year, March 12, but he had buried Amable, a son, aged three months, on the following August 13.

In B20, March 29, the priest baptizes Simon Vaillancourt (he wrote, in his usual inversions:
Valliancour - not noticed in PRDH), son of André and Marie Bajard.

(As an aside I’d like to point out again that the Y of Bayard is spelled "J" and is pronounced "i", which once again reinforces my assumption that the nickname Major is a Latin one and means to designate the eldest branch of the family - the Latin equivalent of our modern junior and senior.)

Simon Loüis Perthuis dates March 6 the next act, B21, immediately after the B20 he produced on March 29! We can therefore assume that this act and that of B22 were prepared in April rather than March. That day, the priest baptizes Basil
Vanier, he calls Bazile Pigeon, after its sponsor in the margin. (PRDH notes the chronological disorder, but not the error of surname), son of Jean Vanier and Marie Joseph Jubinville.

In B22, except for the mistake of dating, no mixing of first name or surname, if one relies on the family reconstitution done by PRDH (# 650563). This time PRDH forgets to mention the error of months, as they had done in the aforementioned act.

On 23 April, B23, Simon Loüis Perthuis baptizes Marie Joseph Racine, daughter of Charles and Marie Joseph Jubinville. But
Charles Racine is married to Marguerite Beaumont and as they are the parents of Charles, who will be born less than a month later, on May 18, 1767, one can assume that Marie Joseph Racine is rather the daughter of Michel and Marie Joseph Jubinville.

A few days later, April 28, in B24, the priest notes the baptism of Marie Amable Pigeon, daughter of Charles and Archange Matha. Apparently, the act does not contain error.

In S6, the next day April 29, he proceeds to the burial of Marie Poirier, daughter of Jean Baptiste and Dorothy Durand, baptized by him two months earlier under the name Marie
Angélique (F91R, B11).

On May 15, in B25, he baptizes Jean Marie, born the same day, son of Jean Baptiste Vanier and Catherine, whom he has forgotten the last name - in fact her name is Catherine Lacombe.

In B26, on May 28th, he named Marguerite Archange Joannet, daughter of Joseph and Marguerite Pigeon born the day before. Apparently, the act does not contain error.

The next act, S7, dated June 6, is the one of
Marie Major.

The S8, S9 and S10 are inseparable. The priest registered them as S8, but the act which follows this block is actually number S11. The three acts are inseparable: three members of one family were killed by "thunder": André Chabot, 30 yo, son of André and married to
Marie Josephte Mauger Latreille. In fact, André Chabot is the son of Michael and Madeleine Coron. The old priest also writes Marie Josephte Mauger Latreille although it is the same Marie Joseph Latreille whose name will be written twice in as many lines with the burial of her two children. Baptiste Thibaut, aged 18, son of Pierre and Marie Joseph Latreille, and Margaret, [soon to be] four years old, daughter of André Chabot and Marie Joseph Latreille. Alongside the acts, he writes that the deceased in S9 is called Batipste Chabot before scratching and writing Thibaut.

Finally, in S11, dated June 9, the priest buries François Coteux from Montreal, three days old, son of François and Marie Joseph
Leblanc. In fact, the child, born June 3, is the son of François and Marie Joseph Bleau.

By pushing just a little further to run on the sheet 92V, I found that in B27, the priest baptized Jean Marie
Leblanc, son of John and Madeleine Batipste Gravelle. This way we know where the Leblanc name in S11 came from.

In conclusion

In conclusion, Mr. Perthuis

   1. has undeniably short-term memory problems, and does reversing of letters and words;
   2. is used to reserve blank space for later writing the names and details of the sacraments he had provided;
   3. writes acts not at the time of ceremonies, but probably later - that's why Simon Louis Perthuis does not have witnesses signing the register,  and almost always uses the same unique witness to the gravesites -- although the bishop asks the writers to have at least two witnesses.

Given the foregoing, the act of burial of Marie Major is not surprising at all: it reflects, like countless others, the memory lapses of the priest and his work habits, messy for the least.


In conclusion of the conclusion


In articles to come, I will try and see if we can find enough tracks of Angélique Proteau and Angélique Major to determine without a doubt which one is buried in Sault-au-Recollet. To do so, I will consider the birthplace and home of her children and grandchildren, look witnesses to acts and additional information that can be drawn form them.


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